Convivialité dans les Milongas – 6ème compte-rendu

Voici le sixième compte rendu.
Il concerne les codes d’invitation.

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Introduction d’une tanguera :

 

Dans l'ensemble les Toulousains sont très conviviaux et sympathiques, je viens souvent danser à Toulouse et je suis comblée. Lors du festival Tangopostale, j'ai souhaité inviter un tanguero inconnu puisque c'est aussi le but d'un festival, j'ai essuyé un non catégorique, qui m’a laissée sans voix et même une larme ! Heureusement une dame a fait remarquer à ce Monsieur qu'il y a des manières de répondre non, tout de même moins blessantes. Depuis je n'ose plus inviter, dur dur !

 

REPONSES  TANGUERAS

 

13) Souhaiteriez-vous inviter au même titre que les hommes?  

  • Je pense que ce n’est pas fondamentalement le problème, j’ai remarqué lorsque j’ai invité des français que souvent ils acceptaient avec la mine de celui qui se sacrifie, et fuient à la fin de la tanda ou alors c’est moi parce que leur attitude m’a consternée !! alors que les espagnols restent souriants, attentifs, flattés et remercient à la fin de la tanda !!

 

OUI  à 65 %

  • A condition que les mentalités changent et que les hommes acceptent cela. (cité 2 fois)

 

NON  à  20 %

 

SANS AVIS  à  15 %

  • Ce n’est pas une envie. C’est déjà pour moi une légitimité naturelle

 

 

14) Envisageriez-vous que les codes de l’invitation puissent changer ? 

  • Plus que les codes d’invitation, ce sont les codes de savoir vivre qui devraient changer
  • Tout dépend comment
     

OUI  à 77 %

 

NON  à  15 %

  • Actuellement l’invitation se fait d’une façon classique ou à travers la mirada ou el cabeceo, et les trois me semblent agréables

 

SANS AVIS  à 8 %

 

Commentaires de tangueras:

 

  • Dans les codes d'invitation actuellement en cours chez nous, il faut aussi que la femme soit plus active. Elle doit éviter de s'asseoir dans un coin et d'attendre en regardant plus ou moins dans le vague, ne pas hésiter à se déplacer et se poster dans des endroits de circulation (bar, entrée -sortie ) et ne pas se sous estimer sur son niveau. Les espagnoles sont beaucoup moins passives que nous et le cabeceo ne se pratique pas là-bas non plus

 

  • Je ne vais plus dans les milongas, l’ambiance est snob et pas sympathique; j’ai même abandonné les milongas et le tango, n’étant pas très douée pour cette danse.

 

  • Il y a 2 ans j'ai découvert plusieurs bons danseurs dans les milongas de plein air (un surtout que j'espère retrouver...) mais en salle pas une seule invitation des Toulousains......accueillants à l'extérieur mais réservés à l'intérieur....Je viens vérifier cette année...

 

  • Il m'arrive souvent d'inviter et il m'arrive bien entendu de prendre quelques "râteaux". Mais bon, qui ne tente rien n'a rien et risque de passer la soirée à "faire tapisserie"! Autant dans ce cas rester chez soi dans ses charentaises!

 

  • Danser le tango est un grand plaisir, mais l'ambiance des milongas suscite souvent un grand déplaisir. Parfois on doit se satisfaire de danser une ou deux tandas par milonga faute d'être invitée; Le comportement des danseurs peut être très irritant : ne vous saluent pas, vous ignorent alors qu'ils vous connaissent depuis longtemps... on devrait  leur rappeler que la politesse n'engage nullement à faire danser toutes les personnes que l'on connaît. Les milongas paraissent souvent plus l'exposition de son talent ou de sa séduction qu'un lieu de partage et de convivialité, hélas!!

 

  • Je n'ai jamais dansé à Toulouse. Je danse à Tarbes et à Pau, et j'invite depuis le début. Je suis assez déprimée d'entendre les femmes se plaindre de ne pas être invitées. Je pense que les femmes peuvent prendre leur envie de danser en main. Nous ne devons pas attendre que les hommes changent. Ils seront bien obligés de s'adapter s'ils veulent danser avec nous. La plupart d'ailleurs n'attendent que ça!

 

 

REPONSES TANGUEROS

 

5) Souhaitez-vous conserver le privilège de l’invitation?

  • indécis : oui, car il faut que la danse reste un plaisir, le plaisir de danser avec qui on veut. Non, car les femmes ont aussi le droit de vouloir danser

 

OUI à 29 %

pourquoi ?

  • Conventionnellement, c'est à l'homme d'inviter et cela nous donne un je ne sais quoi de sympa (cité 5 fois)
  • Pour choisir mes danseuses (cité 2 fois)
  • En fait l'invitation est rarement unilatérale; souvent, on se choisit tous les deux! Mais je préfère inviter parce que je viens pour danser, et je vais choisir ma danseuse du moment en fonction de la musique du moment. Pendant la cortina, je repère dans mon environnement proche (ou je me place près d'elles...) les danseuses potentielles que j'aimerais inviter et aux premières mesures, selon le rythme de la musique, je me décide pour telle ou telle danseuse; et elles aussi ! Je vais même à repérer à l'avance les tandas de valse (que j'adore danser) pour cibler ma danseuse et être sûr de ne pas me la faire "souffler" ! (cité 2 fois)
  • Plus simple et non ambigu
  • Parce que c'est dans la nature du mâle de courtiser la femelle.... Et les femmes aiment être courtisées! même pour la danse. Mais je suis pour instaurer régulièrement des "quart d'heure" américains ou des "tandas" où ce sont les femmes qui invitent. Mais il faut que cela soit géré par une communication appropriée et surtout ménager la susceptibilité des femmes.

NON  à  70 %

pourquoi ?

  • Je ne vois pas pourquoi l'invitation serait le privilège des seuls hommes. (cité 15 fois)
  • Je ne suis pas toujours sûr d’avoir ce « privilège »
  • Je ne vois pas de problème particulier à être invité pour danser tout simplement. A partir du moment où je vais au bal pour danser et prendre plaisir.
  • Par souci d'égalité : cf Desproges "je suis pour l'égalité des sexes...d'ailleurs je prendrai les mesures moi-même"
  • Egalité des sexes
  • La frontière se franchirait ainsi plus facilement !! grâce à nos danseuses !
  • Dans l'invitation il ne faut pas parler de privilège. On a envie de danser donc on invite. Il y a des règles (mirada). Si tout le monde les respecte personne ne sera vexé.
  • Ca me parait être une survivance d'un monde caduque. Et pourtant si on veut comme certains le souhaitent maintenir le Tango dans ses années "folkloriques" 1920, 30 ou 40 alors in faut en accepter les caractères machistes aussi. Je soulève là une contradiction qui me parait grave et dont tout le monde s'accommode.  Personnellement je me range plutôt dans la modernité du Tango et il me semble que l'invitation femme va de soi. C'est ce qu'on appelle en politique la parité ou la réciprocité.
  • Parce que j’ai toujours la possibilité d’accepter ou pas.
  • L'invitation libre, chacun(e) invite me parait une avancée sociale indispensable à une société plus juste.
  • Parce que je danse mal et je n'ose pas facilement inviter de peur de gêner la danseuse.
  • Il est difficile de répondre sans précision sur ce que l'on entend par "invitation". Par exemple, se lever au début d'une tanda et se diriger d'un pas décidé vers la table d'une danseuse pour l'inviter ostensiblement est un manque total de courtoisie et de respect: la femme doit pouvoir refuser sans gêne, et sans causer une gêne pour l'homme qui l'invite. La pratique argentine de la mirada et du cabeceo résout parfaitement cette difficulté, mais est hélas trop peu pratiquée. Je suis personnellement très mal à l'aise pour inviter lorsque une femme, ou certaines femmes, ne donnent pas la possibilité d'accrocher leur regard (je ne parle pas ici de celle qui le détourne pour ne pas donner suite à une sollicitation).
  • Le monde du tango est un petit réseau souvent on danse dans un milieu associatif l'échange devrait être naturel et simple
  • Pour plusieurs raisons : si les femmes invitent, les soirées sont plus joyeuses. Si ma compagne danse, alors je peux aller inviter sans problèmes. Si les femmes ont le droit d'inviter, il n'y a plus de problèmes de parité obligatoire; en conséquence, toutes les femmes sympas que l'on rejette dans beaucoup d'associations peuvent adhérer et c'est tant mieux pour nous.

 

SANS AVIS  à  1 %

pourquoi ?

  • Je m’en fous, j’ai toujours la possibilité de décliner et ne m’en priverai pas. Mais de toute façon, ça ne se décrète pas.

 

12) Envisageriez-vous que les codes de l’invitation puissent changer? 

 

OUI  à  68 %

  • Si on ne confond pas invitation avec imposition
  • Il suffit qu’ils ne soient plus sexués
  • Le cabeceo est encore la meilleure invitation
  • Rien ne doit rester figé. Le tango est à sa troisième période historique, il se danse sur tous les continents, il va obligatoirement évoluer, déjà il y a des compositeurs (trices) non argentins. Nous avons beaucoup de chance.
  • Mais pas trop quand même !
  • Mais cela prend du temps, c’est culturel

 

NON  à  12 % 

 

SANS AVIS  à  20 %

  • Car je pratique tous les codes selon les situations
  • Ca dépend des endroits : en Uruguay ou en Espagne, les filles invitent facilement, mais le comportement social général est de toute façon très différent et plus ouvert qu’en France.

 

Commentaires de tangueros:

 

  • Le problème des femmes assises n'aura pas de solution tant qu'il n'y aura pas la parité. Dans ce contexte, celles qui tirent le mieux leur épingle du jeu ne sont pas les plus jeunes ni les plus belles, mais celles qui veulent vraiment danser et qui s'investissent dans le jeu de la séduction, qui sont attentives, qui vous regardent, qui vous font sentir qu'elles ont envie de danser avec vous. Celles là, elles danseront et n’ont pas besoin d'aller inviter les cavaliers à leur table.
  • Les questions sur la mirada, le cabeceo, etc… laissent entrevoir un poids à mon avis excessif des "traditions". C'est une ornière dans laquelle s'est enfoncé l'enseignement du tango argentin, tout au moins en France. On retrouve ça dans d'autres domaines, c'est vieux comme le monde. Quand on a perdu contact avec le fond des choses, on se met à s'accrocher aux apparences, aux traditions, aux usages...on se retrouve dans un musée poussiéreux, avec des ayatollahs, des musiques sclérosées, des rituels figés. Reprenons contact avec ce qui est essentiel dans le tango et que la créativité retrouve sa place. S'il est une chose fondamentale du tango c'est que le tango n'a pas été "révélé" par un prophète, il est le fruit de la créativité de milliers de danseurs. Personnellement, sauf quelques rares fois, je trouve les bals de tango dans lesquels j'ai été d'une grande tristesse, et d'une certaine violence. En particulier quand je vois beaucoup de personnes (dames surtout) rester sur la touche sans pouvoir danser. Merci d'avoir lancé cette enquête pour faire évoluer les choses.
  • Si vous arrivez à changer la mentalité de la majorité des tangueros…. Chapeau !!!! Mais, j’en doute!
  • Désolé pour ceux qui pensent que le tango est une activité de personnes « triées » mais, de ma relativement jeune expérience, on y trouve la même proportion de gens insupportables qu’ailleurs!
    Il y aura toujours des vieux pervers pour n’inviter que les jeunettes, d’autres pour n’inviter que les bonnes danseuses et des abrutis qui se fichent des autres sur la piste. La proportion de ces derniers, pouvant influer sur la circulation du bal, étant vaguement semblable à Toulouse, à Tarbes, à Madrid ou ailleurs.
    En ce qui concerne la convivialité, signifiant ici l’invitation des femmes, c’est plus compliqué car, de mon point de vue (de mâle), je comprends qu’une danseuse puisse dire non à une invitation (c’est elle qui souffre lorsqu’il y a incompatibilité de danse !) mais je me vois difficilement dire non à une demande directe sans raison sérieuse sous peine de me sentir mal à l’aise, d’où ma préférence pour la mirada+cabeceo. 
    Pour que les danseuses soient plus invitées, il faut peut-être améliorer le contact entre les gens : avant le bal (auberge espagnole) et dans les clubs/asso avec des sorties de groupe pour que les personnes se rencontrent et se (re)connaissent.

 

 

N’hésitez pas à réagir, c’est par une meilleure connaissance des autres que nous évoluerons dans cette convivialité.

 

A bientôt

Michel JOLY et le groupe « convivialité » de Tangopostale.